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Fraude fiscale : les critères qui obligent l'expert-comptable à déclarer à Tracfin

Depuis 2009, seize critères rendent la déclaration de soupçon obligatoire en matière de fraude fiscale. Ce qu'ils recouvrent concrètement en cabinet d'expertise comptable, et comment les documenter.

Conformitiel
Sommaire
  1. Les critères, traduits en situations de cabinet
  2. Le raisonnement à tenir
  3. Trois erreurs fréquentes
  4. Comment Conformitiel aide à documenter

La fraude fiscale est le premier motif de déclaration des experts-comptables, et le plus délicat : le professionnel n'est ni policier ni juge, et son client est aussi celui qui paie ses honoraires. Le législateur a tranché en 2009 : l'article L. 561-15 II du Code monétaire et financier oblige à déclarer les sommes ou opérations dont on sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une fraude fiscale, dès lors qu'au moins un des critères fixés par le décret n° 2009-874 du 16 juillet 2009 est présent (art. D. 561-32-1 CMF). Le soupçon n'a pas à porter sur une infraction qualifiée : la présence d'un critère et un doute sérieux suffisent.

Les critères, traduits en situations de cabinet

Critère du décret Ce que l'expert-comptable observe
Utilisation de sociétés écran, de prête-noms Société sans activité réelle interposée dans les flux, dirigeant de paille, adresse de domiciliation collective
Opérations incohérentes avec l'activité ou le patrimoine Encaissements sans rapport avec le chiffre d'affaires déclaré, train de vie du dirigeant sans revenus correspondants
Refus ou impossibilité de produire des justificatifs Factures manquantes, pièces promises jamais fournies, réponses évasives
Comptabilité irrégulière ou incomplète Écritures d'attente durables, comptes courants d'associés anormaux, factures de complaisance
Recours à des pays ou territoires non coopératifs Transferts sans justification vers des juridictions listées, sociétés offshore dans la chaîne
Progression forte et inexpliquée du chiffre d'affaires ou du patrimoine Croissance sans investissement, sans embauche ni contrat identifiable
Difficulté à identifier les bénéficiaires effectifs Chaîne de détention à l'étranger, trusts, associés non résidents injoignables
Comptes de passage, domiciliation de complaisance Fonds qui transitent sans séjourner, siège sans locaux ni personnel

Les autres critères visent notamment les opérations en espèces inhabituelles, les prêts et remboursements atypiques entre sociétés liées, et les cessions d'actifs à des prix sans rapport avec le marché.

Le raisonnement à tenir

  1. Relever le fait : quel critère, sur quelle pièce, à quelle date.
  2. Interroger le client dans le cadre normal de la mission, sans évoquer Tracfin : demander la pièce, l'explication.
  3. Consigner l'analyse dans le registre des opérations suspectes : réponse obtenue ou non, cohérence, décision.
  4. Décider : doute levé et documenté, ou déclaration.
  5. Déclarer à Tracfin via ERMES, par le déclarant désigné du cabinet, sans délai. Le client, un tiers et l'Ordre ne sont pas informés (art. L. 561-18 CMF).

Le classement d'un signalement se motive autant qu'une déclaration. Lors d'un contrôle du comité LBC-FT de l'Ordre, un registre vide sur un portefeuille de plusieurs centaines de clients pose plus de questions qu'une déclaration de trop.

Trois erreurs fréquentes

  • Attendre la certitude. La déclaration porte sur un soupçon, pas sur une preuve ; c'est Tracfin qui enquête.
  • Prévenir le client « par correction ». C'est une infraction (art. L. 574-1 CMF). Le professionnel peut se retirer de la mission sans en donner le motif réel.
  • Faire déclarer par l'Ordre ou par un confrère. La déclaration est personnelle au cabinet, via son déclarant désigné.

Comment Conformitiel aide à documenter

  • Critères de fraude fiscale intégrés au registre des opérations suspectes, cochés à la saisie du signalement.
  • Analyse et décision tracées : prise en charge, examen, classement motivé ou escalade, journal immuable.
  • Brouillon de déclaration avec les éléments de la fiche client et de la mission, sans envoi automatique.
  • Fiche client enrichie : lettre de mission, secteur, risque du dossier, bénéficiaires effectifs criblés.

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Voir aussi : les obligations LCB-FT de l'expert-comptable et la déclaration de soupçon à Tracfin.

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